IX. Consolidations par des barres en traction
Une utilisation capitale du fer puis de l´acier en traction dans l´histoire de la construction
|
L’usage du fer pour attacher les pierres des temples était déjà connu des Grecs, qui ignorant le ciment et le mortier, et tentaient ainsi de résister aux secousses sismiques du Péloponnèse. Au Moyen Age, le fer est utilisé pour exécuter des tirants qui servent à contrer les poussées des arcs et des voûtes. Le premier usage systématique du fer pour un confortement d’ampleur est rapporté pour la cathédrale d’Amiens vers 1499. |
La tour de l’horloge de la mairie, dans le centre historique de Bologne, date du XIVème siècle. Construite en brique, la tour fut consolidée au début du XVIe siècle pour faire face à des tassements différentiels des fondations, mais aussi à l’ajout d’une tour hexagonale. La consolidation a été faite au moyen d’une chaîne en barres épaisses de fer forgé clavetées par des poinçons et reliées au niveau des planchers par des plaques de pression et des cornières d’angle forgées. |
La tour de l’horloge de la mairie, dans le centre historique de Bologne, date du XIVème siècle. |
|
Le succès de la réhabilitation lourde d’un bâtiment dépend à parts égales du parti de l’architecte et de l’ingéniosité de la solution structurelle proposée par l’ingénieur. Un parti architectural audacieux pour garder l’esprit des lieux n’est pas suffisant si l’inventivité structurelle n’est pas au rendez-vous. |
Dans la réhabilitation du pavillon de l’Arsenal en 1978 à Paris, Bernard Reichen et Philippe Robert ont libéré le sol de poteaux disgracieux en suspendant élégamment les nouvelles mezzanines sur la structure en fer existante. |
Stabilisation d´une structure existante en béton armé par des tirants en acier
|
La modification d’une construction par suppression d’éléments structuraux peut introduire une modification de la topologie de la structure et provoquer des situations d’instabilité nouvelles. L’exemple ci-dessus montre la mise en oeuvre de tirants en acier placés pour contenir la poussée au vide de la structure existante après modification. À l’origine, une dalle nervurée liait le mur porteur aux poteaux centraux; leur suppression a provoqué une réaction horizontale sur l’extérieur. Les tirants permettent à la fois d’obtenir un espace en double niveau, avec une présence structurelle discrète qui est assurée grâce au mode de chargement en traction. |
Exemple d´accrochage d´un plancher en suspension
Parfois, la nature du bâti ne permet pas d’accrocher une poutre ou de poser un poteau au point d’application de la charge ou au niveau souhaité. Une solution consiste à suspendre les poutres du plancher au moyen de tirants d’acier en reportant la descente de charges plus haut dans la construction, à un endroit où leur répartition est plus aisée, pour ensuite la diffuser dans les structures d’origine. Une manière de réduire l’impact de ces charges est de composer le plancher sur le principe d’une solution sèche qui réduit fortement le poids propre de la dalle. L’isolation acoustique et thermique, ainsi que la résistance à l’incendie en sous-face de ces planchers sont réalisées au moyen de laine minérale et de plaques de plâtre dont le nombre et l’épaisseur varient avec le niveau de performance souhaité. |
|
La configuration du bâtiment d’origine et les fenêtres restreintes du collège des Bernardins ne permettaient pas de construire facilement le plancher suspendu sur les voûtes de la grande salle. Afin de résoudre ce problème, une méthodologie de déploiement des poutres du plancher suspendu a été imaginée. Les poutres du plancher suspendu ont été accrochées dès le montage de celles-ci sous les poutres principales reposant sur les murs gouttereaux.
|
|
Pierre Engel pour www.constructalia.com |
Suspension d´une mezzanine à une structure en fer du XIXe siècle
La réhabilitation du pavillon de l’Arsenal à Paris révèle un bel exemple d’extension des surfaces de planchers par suspension. Construit vers 1880, d’abord galerie d’art, entrepôt, puis atelier de confection, le bâtiment fut acheté par la ville de Paris en 1954 pour y conserver des archives, et enfin le faire transformer en 1987 par les architectes Reichen et Robert en un lieu d’exposition dont le programme nécessitait un accroissement des surfaces de planchers. |
Moins employée aujourd’hui, la suspension était une pratique courante vers la fin du XIXe siècle. Elle a ici l’avantage de minimiser la matière nécessaire à la construction de l’extension, exécutée sans ajout de poteaux supplémentaires. Comme déjà expliqué, les considérations spatiales propres à l’architecture doivent trouver une logique structurelle. Ce genre d’opérations requiert des opérations préliminaires de modélisation de la charpente d’origine avec une bonne connaissance des propriétés réelles de ses matériaux. |
On peut ensuite ajouter les éléments structuraux supplémentaires, décider de la nature des assemblages et, le cas échéant, procéder aux renforts rendus nécessaires par l’ajout de charges nouvelles sur la structure. |
Consolidation de monuments avec des tirants ou des câbles en acier inoxydable
|
|
Les agrafes en acier inoxydable sont façonnées dans des barres de 10 à 25 mm de diamètre de nuance 304 ou 316L, suivant la nature de l’environnement du projet. Elles servent à maintenir les rives de fissures conséquentes dans les maçonneries à gros blocs, comme par exemple les murs d’enceinte soumis à des tassements du sol. Contrairement aux reprises effectuées au XIXe siècle avec des barres de fer, l’emploi de l’acier inoxydable garantit un coefficient de dilatation réduit et un bon comportement à la corrosion. Ceci évite les dégradations comme l’éclatement dû à la rouille. |
Pierre Engel pour www.constructalia.com |
Mise en place de tirants de stabilisation de deux murs parallèles
Provoquées par des causes diverses, comme les tassements ou la simple désolidarisation des éléments de construction par dégradation des liaisons entre les murs en maçonnerie et les poutres en bois, l’éloignement de façades ou de pignons parallèles d’un même édifice peut causer des dommages graves à la stabilité de l’ouvrage. Un remède simple consiste à mettre en place un ou plusieurs tirants pour retenir, voire ramener les porteurs divergents à leur point de départ. Provisoires ou temporaires, ces tirants sont, selon les cas, apparents ou dissimulés dans le bâti. |
La technique consiste à percer des trous de passage d’un diamètre suffisant dans les murs et les cloisons pour passer un tirant d’acier fileté à ses extrémités. Une fois le tirant et les contre-plaques mis en place, on met la barre en tension par serrage des écrous. La mise en précontrainte de la tige sous un effort contrôlé avant le serrage des écrous des contre-plaques assure un meilleur résultat. Elle renseigne exactement sur la variation de l’effort de tension de la barre. Cet effort nécessaire pour mettre les contre-plaques en travail ne doit pas être excessif, car il peut provoquer des désordres locaux par application de contraintes trop élevées sur l’existant, ou encore produire une flexion des contre-plaques dont on décrit plus loin quelques variantes possibles. |
Mise en place de tirants de stabilisation au moyen de plaques d´about
Situées aux extrémités des tirants, les plaques d’about sont des éléments destinés à transformer l’effort de traction du tirant en contrainte de compression sur une surface appropriée de la maçonnerie. |
|
Cette technique appartient au vocabulaire architectural des coupoles ou des voûtes comme on peut en observer dans bon nombre de bâtiments de la Renaissance italienne. À partir de l’époque gothique, les constructeurs de chaque époque ont appris à les utiliser pour renforcer ou conforter les ouvrages en difficulté. À ce titre, les câbles et les tirants en acier sont largement utilisés dans les travaux de réhabilitation et de confortement des ouvrages anciens. Provisoire ou temporaire, la technique du tirant offre des possibilités de maintenir des masses conséquentes en faisant transiter des efforts importants par une section très fine, qui peut facilement être dissimulée ou tout simplement passée sans gêner l’exploitation ni réduire les surfaces utiles. |
Les tirants dotés de filetages rapides, associés à des barres de répartition des efforts composées de deux UPN mis dos à dos et reliés par des barrettes soudées sont généralement utilisés dans les consolidations temporaires. Parfois, le fruit pris par la maçonnerie et/ou l’état de dégradation est tel que l’on est obligé de laisser le dispositif en place. Au problème de l’esthétique s’ajoute alors celui de la pérennité. On utilise alors des tirants en acier inoxydable d’un diamètre suffisant reliés par des manchons filetés et connectés à des barres de répartition galvanisées à l’esthétique plus soignée, pour diffuser l’effort à une contrainte admissible. |
|
|
|
|
Pierre Engel pour www.constructalia.com |
Mise en place de tirants de consolidation avec des impératifs esthétiques
|
Pierre Engel pour www.constructalia.com |
Mise en suspension de la structure existante d´un bâtiment en briques
Pierre Engel pour www.constructalia.com |
Le Caixa Forum de Madrid exécuté par les architectes suisses Herzog et de Meuron met en oeuvre une variante élégante d’un plancher suspendu à la structure de l’étage supérieur. Le premier étage du bâtiment est attaché par onze tirants aux poutres du deuxième étage, ce qui a ainsi permis de supprimer l’ensemble des poteaux sur la place couverte en dessous. |
|
|
|
Avant cette mise en suspension, la métamorphose de la vieille centrale électrique du Prado a débuté par une véritable opération chirurgicale : le maintien en l’air de ses murs de briques et de la super structure d’acier qui la surplombe est réalisé au moyen de trois plots disposés en triangle et contenant les circulations verticales (ascenseurs, monte-charges et cage d’escalier). Cette superstructure constituée d’un réseau de poutres et de voiles porte l’enveloppe de brique renforcée par un corset. |
|
Disposé méthodiquement, l’éclairage et la ventilation sont placés au milieu de chaque trame. Pour les parties souterraines, structures et fondations sont réalisées au moyen de techniques traditionnelles. Enfin, la structure de brique est coiffée par une structure métallique pour augmenter la hauteur et le nombre d’étages. |




